Langage animal d’Ormesson

Publié le 17 août 2017 dans Articles, Conseils pratiques rêves, Ecriture, Sur l'interprétation | 0 commentaire

Tous les jours, nous utilisons des images pour nous faire comprendre, les images envahissent notre espace, et nous les comprenons fort bien. Nous avons de façon innée cette capacité à comprendre le langage imagé, métaphorique, c’est à dire le second degré.

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Alors pourquoi trouvons-nous les images de rêves absurdes, pourquoi attendre du rêve une logique que nous mêmes nous n’appliquons pas à nos paroles, pas plus qu’à nos actes souvent.

Voici un texte au langage imagé (en référence au rêve en expressions françaises proposé au mois de mai) : un anglais aurait d’autres images, et ce qui montre la difficulté parfois d’interpréter des rêves de personnes qui ne parlent pas notre langue lorsque le rêve s’amuse à nous faire des clins d’oeil.

Il s’agit d’un texte billet d’humeur de Jean d’Ormesson, riche en expressions.

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Texte de Jean d’Ormesson, texte au langage animal

« Que vous soyez fier comme un Coq, fort comme un Boeuf, têtu comme un Ane, malin comme un Singe ou simplement un chaud Lapin, vous êtes tous, un jour ou l’autre devenu Chèvre pour une Caille aux yeux de Biche.
Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un Paon et frais comme un Gardon et là,… pas un Chat ! Vous faites le pied de Grue, vous demandant si cette Bécasse vous a réellement posé un Lapin.

Il y a Anguille sous roche et pourtant le Bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de Linotte avec qui vous êtes copain comme Cochon, vous l’a certifié : cette Poule a du Chien, une vraie Panthère !
C’est sûr, vous serez un Crapaud mort d’amour. Mais tout de même, elle vous traite comme un Chien.
Vous êtes prêt à gueuler comme un Putois quand finalement la fine Mouche arrive.

Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un Canard.
Sauf que la fameuse Souris, malgré son cou de Cygne et sa crinière de Lion est en fait aussi plate qu’une Limande, myope comme une Taupe, elle souffle comme un Phoque et rit comme une Baleine. Une vraie peau de Vache, quoi !
Et vous, vous êtes fait comme un Rat.

Vous roulez des yeux de Merlan frit, vous êtes rouge comme une Écrevisse, mais vous restez muet comme une Carpe.
Elle essaie bien de vous tirer les Vers du nez, mais vous sautez du Coq à l’Ane et finissez par noyer le Poisson.
Vous avez le Cafard, l’envie vous prend de pleurer comme un Veau (ou de verser des larmes de Crocodile, c’est selon).

Vous finissez par prendre le Taureau par les cornes et vous inventez une fièvre de Cheval qui vous permet de filer comme un Lièvre.
Ce n’est pas que vous êtes une Poule mouillée, vous ne voulez pas être le Dindon de la farce.
Vous avez beau être doux comme un Agneau sous vos airs d’Ours mal léché, il ne faut pas vous prendre pour un Pigeon car vous pourriez devenir le Loup dans la bergerie.

Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des Chiens de faïence.
Après tout, revenons à nos Moutons : vous avez maintenant une faim de Loup, l’envie de dormir comme un Loir et surtout, vous avez d’autres Chats à fouetter ».

Alors ? Ce texte, vous le comprenez, n’est-ce pas ? Mais imaginez que vous le lisiez à un jeune étranger qui ne connait que des rudiments de français. Quelle tête va-t-il faire en vous écoutant. Sûr qu’il va penser que vous êtes dérangé de lui parler ainsi de toutes sortes d’animaux qui semblent n’avoir rien à faire les uns avec les autres ! Il risque de vous trouver incohérent, bon pour l’asile !

Et bien pour les rêves c’est pareil, il s’agit de décrypter chaque image pour la comprendre, et pas que chaque image, mais comment chacune s’articule avec les autres. Oui, c’est difficile, mais cela en vaut la peine. Le jeu en vaut la chandelle !

Exercice :

Si le coeur vous en dit, vous pouvez inventez vous-même un texte avec des expressions françaises selon votre fantaisie !
Et surtout remarquer si dans vos rêves, vous en débusquez quelques unes.
Prenez-le comme une activité de vacances, juste pour le plaisir de jouer avec les mots. Jean d’Ormesson a choisi le registre animalier.
Mais vous pouvez commencer avec les expressions autour d’un mot, comme « coeur » ou « âme », ou encore « tomber » ou « pierre » : et concocter une histoire avec.

Alors à vos papiers et crayons : écrivez des histoires sous formes métaphoriques et demandez-vous qui va vous comprendre. Réfléchissez au mécanisme qui fait que l’on peut vous comprendre.

Et pensez à vos rêves : dites-vous que même si vous ne les comprenez pas, oui, ils ont des choses importantes à vous dire.
Pour les comprendre, descendez humblement en vous, méditez sur ces images, décrypter les,  et si c’est trop difficile, pensez à demander de l’aide à un interprète, dont c’est le métier.

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