Les peuples du rêve – 2 – Les Inuits

Publié le 28 août 2015 dans Articles, Les peuples du rêve | 2 Commentaires

canada-natives.blogspot.com

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I – Rêve et chamanisme

Les Inuits vivent au Canada, en Alaska et au Groenland.

Pour eux le rêve est très important, il est le lien entre les différents monde, celui des esprits, des morts, des vivants…..


Leur approche du rêve était autrefois fortement liée au chamanisme, qui est la capacité à agir sur plusieurs plans d’existence et de réalité : par exemple, une guérison chamanique est celle qui fait intercéder les esprits en faveur du malade. Ou qui aide à prédire où trouver du gibier ou anticiper une mauvaise rencontre pour pouvoir l’éviter ou s’y préparer. Ou encore retrouver son chemin lorsqu’on l’a perdu.
Les prénoms aussi sont trouvé en rêve : souvent un défunt se manifeste à la mère lorsqu’il veut que son nom soit donné à l’enfant.

Rêve de pêcheur 1971 : Pitaloosie SailaRêve de pêcheur 1971 – Pitaloosie Saila

La capacité à déterminer le sens des maladies et des remèdes pour guérir ne vous rappelle-t-elle rien ?
Et oui, elle nous ramène en Grèce, aux portiques d’incubation de l’Antiquité où les malades, incités à y passer la nuit, recevaient un rêve guérisseur.  Le prêtre médecin était l’équivalent du chamane guérisseur.
Pourtant la Grèce est loin du Groenland n’est-ce pas ? Mais les humains non influencés par les modes qui procèdent de l’intellect, mais seulement à l’écoute de de qui se passe en eux se retrouvent à vivre les mêmes pratiques. On retrouve la même chose chez tous les peuples qui vivent au contact de la nature et pratiquent ce que l’on appelle chamanisme, le chaman faisant office de prêtre et de médecin, exactement comme dans la Grèce antique.

II – Légendes et mythes…..

La société Inuit est riche en légendes. Celles-ci sont représentées dans des peintures, histoires, contes et légendes.

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II – Le partage des rêves

Raconter ses rêves à la collectivité était d’une grande importance chez les Inuits, car les rêves prémonitoires donnaient la possibilité de changer le cours des évènements : par exemple : si quelqu’un fait un mauvais rêve à propos d’une autre personne, cette dernière doit offrir un cadeau au rêveur sous peine de tomber malade.

Alors raconter ses rêves en famille ou au village permettait non seulement de les voir interprétés par le chamane, mais encore donnait des renseignements utiles à la communauté pour la conduite à tenir, savoir où aller chasser, comment résoudre tel ou tel problème…
Pour eux, « bonne santé et rêve partagé vont de pair. Tout ce qui sort du corps, ou apparaît à sa surface, lors d’une maladie physique ou psychique (sang, écoulement, furoncles, paroles dans le cas d’un épisode dépressif) est toujours interprété comme un signe positif puisqu’il s’agit de rendre visible l’invisible » (Therrien, 1995 : 74)

D’après Guy Bordin les Inuit établissaient une association étroite entre sommeil, rêve, maladie et mort, à travers les mouvements du principe vital tarniq. qui correspond à l’âme. L’âme qui, au cours du sommeil, voyage dans les mondes invisibles.

III – La christianisation

C’est pourquoi conscients de l’importance du rêve, ils se les racontaient en famille.  Le rêve n’était pas considéré seulement d’un point de vue individuel comme en Occident avec l’essor de la psychanalyse, mais aussi d’un point de vue social : le rêve était ce qui permettait de tisser des liens plein de sens entre les membres d’une même communauté, de se sentir faire partie d’une grande famille dans laquelle chacun est impliqué et peut rendre service.

Malheureusement, les colons sont venus détruire cette belle harmonie en voulant convertir les Inuits au christianisme.

Paradoxalement, c’est en voulant faire connaître Dieu aux Inuits que les colons les ont coupé de cette voie d’accès direct au divin que sont les rêves. Bien que des images saintes apparaissaient dans les rêves des Inuits, attestant de la qualité spirituelle des rêves, les colons ne les ont pas encouragé et n’ont pas daigné s’intéresser.

Les conversions au christianisme et la méfiance par rapport aux rêves ont affaibli la capacité des Inuits à se souvenir de ceux-ci et à les raconter en famille, si bien que privés de la capacité à raconter leur état intérieur sous forme de métaphore grâce aux rêves, beaucoup se tournent vers la drogue, l’alcool ou le suicide.
Au Groenland, le taux de suicide des jeunes atteint des records dramatiques, alors que les mythes et les rêves, avec leur logique qui nous dépasse sont une nourriture pour l’esprit.

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IV – l’époque moderne

Maintenant, rares sont les familles Inuits qui se racontent leurs rêves en famille : cette coutume est tombée en désuétude. Quelques jeunes tentent de renouer avec leurs traditions, mais quand ils questionnent les anciens, ceux-ci restent la plupart du temps muets sur le sujet.

V – Conclusion

On voit malheureusement combien la coupure avec les rêves est dramatique. Combien le refus de cette autre partie de nous-même, l’invisible, l’invisible pour les yeux des St Thomas (qui ne croyait que ce qu’il voyait) mais visible pour les yeux du coeur et de l’âme, nous coupe de ce qui fait notre unité, de ce qui nous permet de nous sentir bien dans notre peau et à l’écoute de ce qui se passe réellement en nous et autour de nous.
Les ravages du rationnel excessif nie les réalités intangibles de l’âme et gagne du terrain, gangrenant le monde, jusque chez les peuples qui, jusque là vivaient à l’abri de la civilisation.

Au Groenland, la nuit polaire dure 6 mois : six mois de vie éclairée au néons : froideur des  néons ajoutée à une vie désertée par  l’âme.
Que deviendra le peuple du rêve de la grande nuit sans ses rêves ?

Les jeunes, coupés de leurs racines ont choisi, par leur suicide, de déserter.

Heureusement, ça et là, des voix s’élèvent pour redonner vie aux mythes, des associations se créent. Mais les jeunes manquent de la voix des anciens pour comprendre et renouer avec les traditions, les remettre à l’honneur.

Souhaitons leur de trouver à ouvrir d’autres voies, des voies de notre temps……

2 Commentaires

  1. Joli dessin du pêcheur!
    Merci pour ton article Aline.
    tous ces légendes me donnent à chaque fois envie de les illustrer… ;-))

    • Alors ne te retiens pas ! Et pourquoi pas un cours d’illustration ?

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