Rêver est-il culturel (2)

Publié le 21 juillet 2015 dans Articles, Généralités sur le rêve | 10 Commentaires

vegael.free.fr

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Dans l’article précédent je posais la question de savoir si rêver était culturel ou pas. Je n’ai pas donné de réponse, laissant la question ouverte.

Je finissais mon article par deux questions pour lesquelles je veux bien maintenant ouvrir des pistes de réflexion :

« Qu’est-ce qui gêne dans le rêve qu’on préfère le passer sous silence ? »

Pour reprendre ce que j’ai dit : tout le monde rêve, mais si peu en parlent. A se demander si le rêve ne ferait pas partie des sujets qui fâchent, si le rêve ne raconterait pas des choses inconvenantes, des choses qu’il vaudrait mieux oublier.

Quand je demande aux gens s’ils rêvent, ils disent souvent non, même les petits enfants, mais quand je parle des cauchemars, ils savent tous ce dont je parle.

Ils ont oublié que les cauchemars sont des rêves.

Ils n’aiment pas faire des cauchemars, personne n’aime. Ils n’aiment pas les raconter. Ils trouvent cela horrible et préféreraient que leurs nuits soit belles.

Pourtant les cauchemars sont des rêves aussi.

Préférer occulter, passer sous silence bloque parfois l’accès au rêve. Comme une négation du rêve, qui comprenant qu’il n’est pas bienvenu quand il vient prévenir d’un danger, préfère se retirer sur la pointe des pieds.
J’ai rencontré plusieurs personnes qui ne se sont plus souvenues de leurs rêves après une période de cauchemars.
En effet, désirer ne plus vivre de nuits effrayantes semble un désir légitime quand on ignore la nature du rêve.
Et ceci vient de ce qu’on ne parle que trop peu des rêves. En parler, c’est déjà sortir de la solitude de l’effroi. C’est comprendre que cela fait partie de la nature humaine, que d’autres aussi vivent cela.

Et puis n’avez-vous pas remarqué comme parfois le fait de rêver, mais de ne pas se souvenir de quoi met mal à l’aise, donne le sentiment d’être embrouillé, alors que le simple fait de se souvenir rend souvent heureux.

Bienfait de parler des rêves

Plus jeune, je me souviens avoir lu que l’on pouvait, pour chasser les monstres des rêves, s’inventer des armes pour les combattre. Cela m’a donné du courage pour affronter les monstres rampants qui me poursuivaient depuis plusieurs nuits : je me suis armée en rêve d’un répulsif à bestioles, genre pulvérisateur qui les a en effet fait diminuer de taille avant de les faire fuir.
Si je n’étais pas tombée par hasard sur cette recette, jamais je n’aurai pu fermer l’œil aussi sereinement : je me serais plutôt empêchée de dormir en laissant la lumière allumée.
Tandis que là, c’est avec impatience que j’attendis la nuit pour tester l’invention. Et quelle fierté dans le rêve et au réveil d’avoir pu les chasser et les voir disparaître, d’en être victorieuse plutôt que victime.

Bien sûr, cette nuit- là, ce n’est pas la compréhension du sens du rêve qui a fait disparaître le cauchemar, et j’ignore encore aujourd’hui ce qu’il cherchait à me dire, mais je sais que cette action a été plus bénéfique que l’ignorance : car elle m’a permis de continuer à rêver sans craindre de m’endormir.

Certains peuples fabriquent des attrape-rêves, qu’ils suspendent au-dessus des berceaux, pour capturer les cauchemars des enfants, afin que ceux-ci aient un sommeil paisible : j’ignore si cela marche et comment cela marche, mais c’est une tradition relative au rêve, qui souligne son importance et le met à l’honneur.

passion-tatoo.skyrock.com

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« Pourquoi dans la société occidentale en général ne se souvient-on pas de ses rêves ? »

Cette question sous-entend que dans l’autre partie du monde, on s’en souviendrait, l’autre partie du monde qui se trouve être l’orient.

Il n’existe à ma connaissance pas de statistiques sur le sujet. Mais pour  apporter un éclairage sur ce qui se passe, je vais examiner le schéma qui sous-tend cette séparation du monde en deux hémisphères : quand j’écris cela, le monde m’apparaît soudain comme une tête ronde, un cerveau pourvu de deux hémisphères, le droit et le gauche : l’orient et l’occident.

En effet, l’Orient est plus proche du cerveau droit dans sa façon d’appréhender la vie et l’Occident plus proche du cerveau gauche.

En schématisant on peut dire que le cerveau droit est en relation avec le côté gauche du corps, en relation avec la vie intérieure, l’imaginaire, la sensibilité artistique, la poésie, le merveilleux, tout ce qui touche aux ressentis, à l’intuition et à l’irrationnel, l’inconscient.

Tandis que le cerveau gauche est en relation avec le rationnel, le conscient, la logique, tout ce qui touche à la pensée (la conceptualisation, la prévision, discrimination, les jugements, les évaluations, les discours), les sentiments (ce qu’on aime ou pas).

Et oui, le cerveau gauche est en relation avec le rationnel et pas l’irrationnel : si bien que, de façon schématique, l’esprit occidental sera moins volontiers tourné vers ses rêves, habitué à prévoir, consolider ses bases et renforcer ses systèmes de sécurité.
Dès le matin, le rationnel prévoit ce qu’il va faire de sa journée.
Tandis que le l’émotif prend la température de son âme : comment se sent-il là tout de suite ?

Le rêve demande de lâcher-prise : la vie intérieure ne se met pas en systèmes, elle se vit au gré des ressentis. Un peu comme le sentiment amoureux : le sentiment amoureux fait passer par des hauts et des bas, imprévisibles tandis que le mariage est une institution rationnelle faite de contrats sécurisants.

Les deux cerveaux travaillent parfois ensemble et parfois pas : il faut dire que le conscient et l’inconscient ont une répulsion l’un pour l’autre : c’est toute la difficulté que l’on rencontre pour interpréter un rêve par exemple, car les deux cerveaux ont à oeuvrer ensemble : être en même temps intuitif et logique.
Intuition et logique : l’un a tendance à vouloir évincer l’autre et demander la suprématie.

canstockphoto.fr

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Pourtant vivre sans logique ou sans intuition serait catastrophique pour notre vie de tous les jours : malgré nous  nous utilisons ces deux côtés,  de façon plus ou moins heureuse.

Rêver est donc bien culturel, notre culture occidentale n’est pas portée sur le rêve, nous n’avons donc pas la coutume de les raconter le matin au petit déjeuner ou dans la journée. Et ce dont on ne parle pas tend à disparaître ou devient un non-dit qui reste plongé dans l’inconscient.

Un exemple de ce rationalisme

La fermeture aux rêves est apparue au IVème siècle après J.-C., avec la répression des autorités religieuses, afin que l’homme ne suive plus ses rêves, mais l’autorité religieuse : la confusion fût initiée par St Jérôme, qui, en pleine période de chasse au paganisme et plus particulièrement de l’hérésie, a falsifié un mot de la Bible, confondant interprétation des rêves et divination, semant ainsi un trouble qui a perduré jusqu’au XIXème siècle, jusqu’à ce que Jung et Freud remettent le rêve à l’honneur.
Quinze siècles d’interdit ont forcément modifiés profondément les esprits.

Ce n’est que l’abrogation très récente d’un texte du code civil qui permet aux interprètes de rêves d’exercer !

Une des preuves que rêver est culturel est qu’il existe des peuples qui vivent dans l’écoute et l’obéissance à leurs rêves, comme les Senoï, les Aborigènes d’Australie, les Inuits, les Iroquois…
Tous les matins ils se racontent leurs rêves en famille, et tirent des conclusions pour la guidance de leur journée.

Un moyen de se souvenir de ses rêves

J’ai remarqué que parler des rêves agit comme un déclic pour ceux  qui ne se souviennent pas : souvent, entendre parler des rêves fait se souvenir.

Alors pour vous souvenir de vos rêves, parlez-en autour de vous, trouvez-vous des amis de rêve ! Partagez, écrivez….

routinesante.com

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10 Commentaires

  1. Hello ALine
    c’est un peu comme pour le dessin, le cerveau gauche et droite, on devrait dessiner avec le dernier mais il ne peut pas exister sans le gauche…

    • Exactement ! Autrement ça ne tient pas la route.

      • oui…mais ils conseillent de dessiner à l’envers comme cela le cerveau gauche n’embête pas celui de droite et on arrive à mieux dessiner! 😉

        • Ah, ne complique pas la chose ! C’est vrai en dessin : et autrement pour le reste, voyons ce que ça pourrait être : et bien, prendre d’autres points de vue : envisager les choses autrement : voir ce qui se passe avec les yeux de quelqu’un d’autre…. oui, toutes façons de faire différemment de l’habitude. Merci de ta suggestion !

  2. Bonjour Aline

    Oui c’est bien dommage que nous ne soyons pas comme les Senoïs et ne puissions raconter nos rêves en famille, les rêves sont tellement importants pour moi qu’il me semble difficile d’en faire abstraction et plus on leur donne de l’importance plus nous arrivons à nous en rappeler, enfin je parle pour moi

    • Merci Sylviane de ton témoignage. Oui, c’est en parler qui fait connaître et donne envie de continuer. Nous ne sommes pas les Sénoïs non, mais rien n’empêche ceux qui en ont envie de commencer à prendre cette habitude. Simplement nous ne pouvons mettre en pratiques nos rêves comme le font les Sénoïs, car leur pratique des rêves font que leurs rêves sont par eux compréhensibles, tandis que vous avons besoin d’un décryptage plus approfondi, ayant perdu ce lien. En parler peut amener à retrouver. Bon, il faudra du temps ! De l’éducation ! Ce blog est déjà là pour réveiller le désir de se souvenir.

      • Nous ne pouvons mettre nos rêves en pratique, comme les Sénois et avons besoin d’un décryptage , oui d’accord mais les rêves s’adaptent aussi à notre mode de vie dans une société moderne ils seront plus complexes , même si on retrouve certains symboles .En parler oui mais pas à n’importe qui parceque se heurtait à l’incompréhension de l’autre , ou sentir que la personne nous prends pour un illuminé .Ca peut même être mauvais si la personne n’a pas d’intérêt pour ça .

        • Et pourquoi ne pourrions nous pas mettre nos rêves en pratique ? Le rêve vient aider les Sénoïs qui ont un mode de vie simple et donc reçoivent des rêves simples : ils ont quand même un décryptage et ne prennent pas forcément le rêve au pied de la lettre.
          Mais nous aussi les rêves viennent nous visiter pour nous aider : nous aussi nous pouvons appliquer ce que nous disent nos rêves, c’est même recommandé ! Pourquoi se fatigueraient-ils autrement ? Oui, nous avons une façon de penser différente de cette des Sénoïs, nous avons un mental plus compliqué, et c’est pourquoi nos rêves sont plus difficiles à comprendre. Mais lorsqu’on comprend ce que nous dit notre rêve, bien sûr qu’il faut l’écouter et le mettre en application. Le rêve nous aide aussi au quotidien.
          Malheureusement, nous nous sommes tellement éloigné de l’esprit des rêves en cultivant les valeurs mentales que nous ne pouvons en effet pas raconter nos rêves à n’importe qui. Mais c’est possible avec les gens que l’on connait, parfois cela se fait spontanément, au travail ou à la maison : on peut toujours glisser une image dans la conversation pour tester la réaction.

          • non je reprenais vos propos sur le commentaire au dessus, je ne dis pas que l’on ne peut pas les mettre en pratique , évidemment qu’il faut les mettre en pratique sinon ça n’a pas beaucoup d’intérêt .Interprétation mise en application , évidemment c’est pas moi qui vais vous dire le contraire je faisais remarquer que si nos rêves sont différents des leurs notre façon de vivre l’est aussi beaucoup.En particulier parceque nous sommes dans une société moderne , et nous vivons beaucoup avec l’intellect pour reprendre votre propos nous avons un mental plus compliqué.Oui et je pense que nous sommes éloignés de l’esprit des rêves, contrairement à eux d’ailleurs la plupart des gens n’ont aucun intérêt pour les rêves .Carl gustav jung à déclaré à la fin de sa vie : je suis trés étonné de voir le désintérêt et le mépris qu’ont les gens pour l’inconscient.Je n’ai pas dis qu’il fallait pas les mettre en application , s’ils apparaissent c’est justement pour être mis en application.

          • Et oui, nous nous sommes bien éloignés de l’esprit des rêves et en effet trop de gens s’en désintéressent à un point alarmant.
            Pour l’application des conseils des rêves, c’est bien que vous précisiez votre pensée. Je n’avais fait que répondre à votre phrase telle que vous l’aviez énoncée.

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